Africallagma glaucum

Africallagma glaucum (Burmeister, 1839)

Ischnuridae (Coenagrionidae)

Demoiselle des Hauts, Africallagma des marais

LC 2015 UICN

Afrique du Sud, le 30 octobre 2017, altitude 1714 m – Femelle fraîchement émergée montrant des reflets métalliques, photographie mettant en évidence la forme de la terminaison abdominale
©© bync – Benoît Guillon

Cette espèce a été décrite sous Agrion glaucum Burmeister, 1839. E. de Selys Longchamps (1876) la signale en Afrique-du-Sud (Le Cap) et au Gabon1. Sa vaste distribution lui vaut divers synonymes : Enallagma gabonense de Selys Longchamps, 1876, Enallagma obliteratum de Selys Longchamps, 1876 (gen. inc. sedis), Pseudagrion sikorae Förster, 1906, Enallagma schultzei Ris, 1908 et Enallagma glaucum f. fugax Pinhey, 1962 (Pinhey 1962b).

Il s’agit d’une très petite demoiselle mesurant moins de 30 mm de long. Les mâles mature sont bleu et passent successivement après l’émergence par une teinte chamois-rosée et bleu glauque (d’où probablement son nom), les femelles sont de teinte chamois-orangée. Le genre Africallagma présente des ressemblance avec les Enallagma mais se distingue par la présente d’une très petite crête médiodorsale sur S10, généralement marquée de noir. Les segments abdominaux 8 à 10 sont clairs chez les mâles. Il semblerait qu’un menu détail se trouve sous S9 pour les mâles, ressemblant à un début de structure « vulvaire » en pointe caractéristique des femelles d’Ischnuridae (ou Ischnurinae : Coenagrionidae).

La Réunion le 18 février 2016 – Monde des Insectes
©© bync – Michel Yerokine

C’est une espèce commune dans toute l’Afrique méridionale, depuis le niveau de la mer aux zones alpines africaines. Son aire remonte jusqu’en Afrique tropicale et elle devient alors éparse ou isolée comme au Ghana et de manière très originale sur l’île de La Réunion. L’espèce manque sur Madagascar.

Sa présence sur l’île de La Réunion est très originale tant du point de vu biogéographique qu’écologique : l’espèce est ici loin de toute autre localité à chercher en Afrique continentale et localisation des populations dans les hauteurs de l’île : Michel Yerokine l’a qualifiée de Demoiselle des Hauts ! Les spécimens ne montrent pas en premier examen de différence visible par rapport à ceux présents en Afrique du Sud (et sur le continent). Sa présence a été révélée ici par Förster (1906) qui la décrit comme une nouvelle espèce : Pseudagrion sikorae Förster, 19062. Ce sont Ris (1908) puis Pinhey (1962) qui ont fait un « grand ménage » et considèrent que cette espèce est synonyme d’Enallagma glaucum. C’est sous ce genre que l’essentiel des auteurs vont nommer l’espèce jusqu’au début des années 2020, avant que la Communauté odonatologique adopte Africallagma glaucum, genre fondé par Kennedy (1920). Ris (1921) impose néanmoins le genre Enallagma, qui avait déjà été donné par Calvert (1898) auparavant et qui va avoir une longue carrière. Kirby (1890) avait placé l’espèce dans le genre Disparoneura, Kennedy (1920) forge Africallagma, mais Ris (1921) préfère Enallagma et Pinhey (1962) fait un sous-genre d’Enallagma (Africallagma), May (2002) restaure Africallagma mais ce n’est que récemment que la Communauté odonatologique s’est rangée à cet avis énoncé dès 1920 et restauré en 2002… quelle inertie ! Il est donc possible que la notion de sous-genre soit la plus adaptée, et il convient d’envisager que sur La Réunion nous pourrions avoir, ce qui est biogéographiquement logique, un taxon particulier (ou un écotype) qui serait alors Africallagma glaucum sikorae Förster, 1906 : c’est une bonne hypothèse (C.Deliry, com., 17 août 2025) !

Elle aime les secteurs relativement arides, tant dans les zones arbustives subtropicales sèches ou humides. Elle se reproduit dans des prairies humides, des marais subtropicaux de basse altitude, des lacs temporaires, des marais temporaires ainsi que sur des sources. On la trouve aussi dans des eaux faiblement courante. Elle monte bien en altitude puisqu’elle atteint sur le continent africain jusqu’à la cote de 3200 m.

Sur l’île de La Réunion, elle vit autour de points d’eau, les femelles pondant dans les herbiers émergents sous la surveillance des mâles. Elle y occupe typiquement des sites d’altitude, c’est la Demoiselle des Hauts. On la trouve sur des points d’eau calmes, ainsi que dans des ravines qui restent en eau toute l’année. C’est parfois une espèce grégaire et localement nombreuse, pouvant pondre en communauté. D’autres ont été vues le long de route ou de sentiers forestiers, probablement en chasse ou en déplacement.

Si l’espèce vole toute l’année dans le sud de l’Afrique, elle est moins visible pendant l’hiver austral. À La Réunion, elle vole d’octobre à mai et l’observation d’immatures fin avril rend compte de l’existence probable de deux générations. Il apparait possible selon C.Deliry (com. pers.), que les individus se cachent alors pendant la période de l’hiver austral avant de réapparaître en octobre sur les sites habituels.

Il est rare d’observer les cœurs copulatoires à La Réunion et la ponte se fait en tandem ou sous la surveillance des mâles. B.Guillon (com. pers.) souligne que l’espèce est souvent parasitée au niveau des ailes, notamment par des Arrenurus, qui sont aussi présents dans quelques cas sur le thorax.

A suivre… lecture d’articles préparés sur l’espèce par S.Couteyen…

Afrique du Sud, le 27 septembre 2022 – iNaturalist – tandem dans une séquence où la paire a formé un cœur copulatoire [cliquez]
©© bync – Corrie du Toit
  • Burmeister H. 1839 – Handbuch der Entomologie. – Enslin, Berlin [Libellulina : 805-862]. – ONLINE
  • Calvert P.P. 1898 – Burmeister’s Types of Odonata. – Transactions of the American Entomological Society, 25 : 27-104 (+ pl.I). – PDF LINK
  • Clausnitzer V., Suhling F. & Dijkstra K.D. [2016] – Africallagma glaucum. – The IUCN Red List of Threatened Species 2016.
  • Deliry C. [2025] – Africallagma glaucum – In : Odonates du Monde (Histoires Naturelles) (2004-[2025]) –  Version du 18.08.2025. – odonates.net
  • Förster F. 1906 – Die Libellulidengattungen von Afrika und Madagaskar. – Jahresbericht Mannheimer Vereins Naturkunde, 71/72 : 1-67. – ONLINE
  • Guillon B. [2025] – Mes Libellules. – Site Internet, première mise en ligne 2008. – ONLINE
  • Kennedy C.H. 1920 – Forty-two hitherto unrecognized genera and subgenera of Zygoptera. – The Ohio Journal of Science, 21 (2) : 83-88. – ONLINE
  • Kirby W.F. 1890 – A synonymic catalogue of Neuroptera Odonata or Dragonflies with an appendix of fossil species. – London. – PDF LINK
  • May M.L. 2002 – Phylogeny and taxonomy of the damselfly genus Enallagma and related taxa (Odonata : Zygoptera : Coenagrionidae). – Systematic Entomology, 27 : 387-408. – ONLINE
  • Pinhey E.C. 1962a – A descriptive catalogue of the Odonata of Africa continent. – Publçoes cult. Co. Diam. Angola, 59 (1/2) : 1-321.
  • Pinhey E.C. 1962b – New or little-known dragonflies (Odonata) of Central and Southern Africa. – Occasional Papers National Museum Southern Rhodesi, 26B : 892-911 (8 fig.).
  • Ris F. 1921 – The Odonata or Dragonflies of South Africa. – Annals South African Museum, XVIII : 245-452.
  1. Sa présence au Gabon est toutefois mise en doute par Clausnitzer & al. ([2016]). ↩︎
  2. Un spécimen mesurant 29 mm de long a été récolté le 10 février 1901 par Fr. Sikora sur l’île de La Réunion. Il a été conservé d’abord en alcool et formol, avant d’être préparé à sec par F.Förster et rangé dans sa collection. Förster (1906) précise qu’il est remarquable pour être le plus petit Pseudagrion de sa collection. Sa description est suffisamment précise sur S10 pour savoir que ce taxon est bien un Africallagma en définitive (com. pers.). ↩︎

Synthèse faite par Cyrille Deliry le 17 août 2025, mise en ligne le 4 avril 2024