Rencontre verticale avec Hemianax ephippiger

Hemianax ephippiger

Lors de mes prospections fin août sur un site situé à Eyragues (Bouches-du-Rhône), j’ai observé une espèce qui, bien que son aire de répartition s’étende progressivement avec le changement climatique, n’en reste pas moins peu commune. Pour les amoureux des libellules, croiser Hemianax ephippiger est toujours un moment particulier, et encore plus lorsqu’on peut l’observer posée : cette espèce, en effet, est surtout visible en vol rapide et peu stationnaire.

Cette libellule migratrice n’est pas installée chez nous de manière permanente, mais elle se reproduit régulièrement dans la moitié sud de la France, pouvant parfois remonter plus au nord dans l’Hexagone. Elle apprécie les milieux stagnants et peu profonds, et c’est généralement en fin d’été que l’on peut observer la nouvelle génération.

C’est donc la rencontre tant attendue depuis plusieurs années que je vous présente ici.

Il était environ 8 h 30, ce matin-là, alors que je prospectais dans la garrigue, au niveau d’une prairie d’herbes sèches, sous une température encore supportable d’environ 25 °C. Soudain, j’ai vu s’envoler un odonate de taille respectable, qui ne ressemblait pas aux autres anisoptères que je croise habituellement dans ce biotope (ses couleurs étaient différentes). Un immature d’une espèce connue, ou autre chose ? Ma curiosité a pris le dessus !

J’ai suivi l’animal des yeux, puis je l’ai vu se poser dans un jeune saule. Je me suis approché doucement, encore à une vingtaine de mètres, et j’ai cherché, comme à mon habitude, une libellule posée la tête dirigée vers le haut.

Au début, je n’ai rien compris : impossible de la retrouver dans le feuillage, alors qu’il m’avait semblé qu’elle s’était posée sur les branches périphériques de l’arbre. Intrigué, j’ai pris le temps de chercher un peu plus… et là, je l’ai aperçue à quelques mètres de moi, posée d’une manière peu commune : la tête vers le bas. Il s’agissait bien de Hemianax ephippiger !

Il s’agissait d’un mâle probablement pas encore mature, la selle bleue n’étant pas encore très visible. Cette fois, c’était bon : j’ai pu «capturer » ce bel animal et réaliser une série d’images que je vous propose de découvrir.

En dehors de la joie de ce moment magique que la nature m’a offert, cette expérience illustre bien comment le cerveau s’appuie sur des repères liés à nos expériences passées (comme la position classique d’une libellule posée) et comment ceux-ci peuvent parfois nous induire en erreur, en nous enfermant dans nos acquis visuels ou autres.

Restez éveillés : la nature n’a pas fini de nous émerveiller et de nous surprendre !

Éric Detrez – mis en ligne le 5 septembre 2026